crise_gambienneAvec le dénouement pacifique de la crise politique gambienne, seuls, le peuple gambien et, la paix sont gagnants, entre autres, pas de vies inutilement sacrifiées, pas d’immeubles et, d’infrastructures détruits aveuglément, pas de déplacement inconsidérément massif de population.

Au sortir des négociations, qui ont abouti à l’accord du 21 janvier 2017, entre la CEDEAO et Yayah Jammeh. Parce que, les négociateurs ont fait preuve de lucidité, de hauteur d’esprit, de dépassement et, de responsabilité pour épargner aux gambiens d’autres affres, violences et, souffrances supplémentaires, après plus de deux décennies d’autocratie avec Jammeh.

crise gambienneNous relevons et, affirmons, la grandeur et, la responsabilité de l’humain s’apprécient à l’aune de sa capacité à se surpasser, à être lucide et, à préserver le bien commun de sa société, et parmi ceux-ci, figurent la paix, la stabilité, la santé et, le bien-être des populations.

Donc, tout ce qui pouvait éviter au peuple gambien, une situation d’incertitude, devait être tenté, et de surcroit, être salué et approuvé, sans réserve. La guerre, est l’échec avéré, des sociétés démocratiques contemporaines, parce que, les armes n’ont ramené la paix dans nul pays au monde.

Il est légitime de s’interroger, sur l’attitude de la CEDEAO, dans la gestion du processus de résolution du conflit politique gambien. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous sommes très nettement en opposition, avec Macky Sall et ses partisans, tout autant avec la CEDEAO.

Par cette tentative à vouloir revendiquer, une part même infime, de la résolution pacifique de la crise, depuis que Jammeh a quitté Banjul et, parti en exil à Malabo (Guinée Equatoriale). Démarche ou, volonté que nous condamnons, puisqu’il n’y a rien de plus sidérant, et de plus petit que de vouloir se positionner en l’espèce, comme artisans de la paix, alors que, tout prouve le contraire.

Selon nous, en oubliant volontairement qu’il y a moins de quatre jours, ils étaient montés sur leurs grands chevaux de combattants, prêts à tout pour venir à bout de Jammeh (mort ou vif). Mais, comme souvent l’histoire est vraiment belle, surtout lorsqu’elle est racontée par les vainqueurs ou, par ceux qui détiennent les moyens de communication.

Sans l’abnégation, la détermination, ou la persévérance diplomatique des présidents Alpha Condé de la Guinée et, Mohamed Ould Abdel Aziz de la République islamique de Mauritanie, mais aussi, de Mohammed, VI roi du Maroc, que serait la Gambie, actuellement ? Mais enfin, cette attitude serait simplement, une forme de regret et/ou, de reconnaissance  implicite d’une culpabilité, après avoir fermé toutes les voies du dialogue pour arriver à une solution sans heurts. C’est dire encore, un minimum de décence aurait voulu, que vous revendiquiez dignement, pleinement et, entièrement votre posture martiale, qui dans une certaine mesure aurait, aussi contribué au résultat actuel.

Quoiqu’en pensent certains, Yayah Jammeh, sans dire qu’il a gagné, a obtenu dans l’accord de Banjul (Gambie) du 21 janvier 2017, une amnistie totale, et la reconnaissance pleine et, entière de son droit d’aller et, de revenir en Gambie. Bien évidemment, après une période de stabilité et, de transition calme. Pourtant, jusqu’au dernier instant, le déroulé des évènements, prouve ou montre que l’attitude de la CEDEAO était aux antipodes, d’une recherche de solution apaisée. C’est pourquoi, cette façon de vouloir, tirer profit de la situation actuelle nous horripile très sincèrement, car au-delà de nous prendre pour des demeurés, elle est sérieusement condamnable.

A notre avis, si la CEDEAO n’avait pas opté pour une posture assez belliqueuse, et si elle avait voulu négocier sérieusement, un tel résultat pouvait être obtenu sans perdre autant de temps. Et, surtout sans dépenser, pour rien, autant d’argents avec ce déploiement militaire, ou encore avec les autres dépenses liées à la crise.

Depuis le début de la crise gambienne, nous avions souligné, la démarche très suspecte de la CEDEAO, pour avoir choisi le camp d’Adama Barrow, et surtout elle avait opté pour une intervention militaire. Nous voulons simplement redire, tel ne doit pas être le rôle d’un médiateur, qui doit œuvrer à rapprocher des positions éloignées, pour parvenir à un accord.

Dès la déclaration d’Abuja (Nigéria) du 17 décembre 2016, nous avions dénoncé la partialité de sa posture (voir notre contribution titrée : Elections gambiennes : pour une résolution pacifique de la crise), qui, selon nous, ne s’inscrivait nullement dans une volonté de résoudre pacifiquement la crise avec Jammeh, mais réitérait, cependant, la logique de confrontation qu’elle avait adoptée. Aussi, sans être Selbé Ndom (la voyante qui prédit avec une telle netteté  le contraire de ce qui se passe), nous avions toujours soutenu, que la résolution de la crise gambienne passait nécessairement et, impérativement par la diplomatie, et non par les armes, l’histoire nous a donné raison.

Nous ne cesserons de rappeler, la recherche d’une issue pacifique à la crise n’était pas la priorité de la CEDEAO, telles sont vérité et, réalité. Vouloir défendre, ou soutenir le contraire, serait de la désinformation ou, de la pure démagogie idéologique, puisque le déroulé des faits le prouve aisément. Au-delà de la décision très orientée, critiquable et critiquée, prise lors du sommet d’Abuja (Nigéria), le 17 décembre 2016, sur laquelle nous ne reviendrons pas.

Un autre exemple patent permet d’illustrer parfaitement nos propos. Le mercredi 18 janvier 2017, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz de la République islamique de Mauritanie, après s’être rendu à Banjul (Gambie) prend congé de Jammeh,  tard dans la soirée. Il atterrit à Dakar pour rendre compte  à Macky Sall, de l’état de ses entretiens, avec un protocole portant sur plusieurs points pour sortir de la situation conflictuelle. Faut-il le rappeler, à la suite des discussions, entre autres, Jammeh accepte de quitter le pouvoir pour préserver la paix et, la stabilité dans son pays.

Le jeudi 19 janvier 2017, un peu avant la fin de l’après-midi, c’est-à-dire moins vingt-quatre heures, après la rencontre entre le Président Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall, les militaires de la coalition de la CEDEAO pénètrent sur le territoire Gambien, et pour bien marquer, ou montrer leur présence, procèdent à des tirs de sommations, dans certaines localités. Alors que, la coutume diplomatique aurait voulu, de tenir informer le président mauritanien, des derniers développements ou, de la dernière décision prise par la CEDEAO. Par exemple, en l’informant, qu’elle n’abondait pas dans le sens de ses tractations de Banjul (Gambie), et, qu’elle va poursuivre les opérations militaires commencées.

Ce qui, à juste raison,  a profondément exaspéré, le président Mohamed Ould Abdel Aziz, d’où une certaine manifestation du paroxysme de son ire contre Macky Sall et ses amis (voir, la conférence de presse, qu’il a tenue le 20 janvier 2017, à l’aéroport de Nouakchott, avec le président Alpha Condé de Guinée). De plus, il n’y avait aucune urgence, à précipiter les hostilités, étant donné que le mandat officiel d’Adama Barrow prenait effet, ce jour (19 janvier 2017).

L’accord de Banjul du 21 janvier 2017 scelle, un cuisant échec de la diplomatie de la CEDEAO, ce qui peut se comprendre aisément,  comme elle avait pour option de faire partir Jammeh par la force. Alpha Condé qui a négocié « l’abdication » de Jammeh n’avait pas de mandat formel de la CEDEAO, même si la Guinée en fait partie. De même, la République islamique de Mauritanie du Président Mohamed Ould Abdel Aziz et, le Maroc du roi Mohammed VI ne sont pas membres de la CEDEAO.

Il est de vérité, qu’il est difficile de négocier en ayant un penchant pour l’un ou l’autre, et la CEDEAO a toujours été ainsi. Avec pareil positionnement, rechercher et aboutir à un accord acceptable, s’avère être compliqué  d’où la situation dans laquelle nous étions pendant plus d’un mois. Délai qu’il n’a pas fallu au « triumvirat » Mauritanie, Guinée, et Maroc pour trouver un compromis acceptable.

Nous ne saurions conclure, sans rappeler, au-delà de l’attitude très condamnable de Macky Sall, nous sénégalais avions pourtant intérêt à prôner et, à encourager la recherche de solution pacifique, parce que, toute instabilité sérieuse en Gambie devait forcément avoir de très fortes répercussions dans notre pays.

Les jusqu’auboutistes sénégalais, avec leur chef Macky Sall, avaient oublié par amnésie, sans doute, que notre pays était le seul et immédiat voisin de la Gambie. Et, excepté son débouché maritime, toutes ses frontières sont dans le Sénégal. D’où, la guerre n’était ni bonne pour la Gambie, ni pour nous, comme nous allions subir fatalement ses « métastases ». Et, la fuite d’une toute petite partie de sa population, vers le Sénégal a confirmé notre inquiétude.

Nous n’avons pas été pour Jammeh, mais pour le droit et, pour le peuple gambien. Après avoir vécu autant d’années sous la dictature de Jammeh, les gambiens n’avaient pas voulu vivre d’autres difficultés, avec le début de mandat d’Adama Barrow à la magistrature suprême. Heureusement, le bon sens et, surtout la responsabilité ont prévalu, pour aboutir à une issue pacifique.

Toutefois, à partir de la jurisprudence Jammeh, la CEDEAO va-t-elle, maintenant, se poser en gendarme de l’Afrique de l’Ouest, pour le respect des institutions, dans les pays concernés ? En tout état de cause, elle vient de tracer une nouvelle voie, en disant implicitement qu’elle ne tolèrerait pas désormais, le tripatouillage des élections, surtout lorsque le président sortant, les a perdues démocratiquement dans les urnes.

Daouda NDIAYE

Juriste/Analyste politique

Article dédié à Ndèye Binta FAYE

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