DAOUDA_« La violence n’est pas un moyen parmi d’autres d’atteindre la fin, mais le choix délibéré d’atteindre la fin par n’importe quel moyen » (Jean-Paul Sartre). D’autre part, « je m’oppose à la violence, parce que lorsqu’elle semble produire le bien, le bien qui en résulte n’est que transitoire, tandis que le mal produit est permanent » (Gandhi).

Les élections gambiennes confirment, si besoin était, pour les dirigeants africains, quitter ou, lâcher le pouvoir même après plusieurs années d’exercice, s’avère être quelque fois, impensable, difficile et compliqué (Jammeh, kabila…). Attitude ou posture que, Freud (Sigmund), Lacan (Jacques), et Jung (Carl Gustav), auraient présentement beaucoup de mal à analyser, à comprendre et, sans nul doute à expliquer.

Dès le début de la crise gambienne, nous avions soutenu et, nous continuons de soutenir que Yaya Jammeh pouvait bien évidemment contester le résultat des élections, même, s’il est revenu sur la reconnaissance de sa défaite, plusieurs jours après. Même si cela peut être, moralement condamnable, il n’est aucunement interdit de se dédire, Macky Sall sera de notre avis, lui qui a fait du « wakh wakhèète, wakhati wakhèète ». De plus, le recours du président Jammeh n’était nullement frappé de forclusion, parce que, introduit dans les délais prescrits par les lois gambiennes.

Dans un Etat de droit, la décision finale revient au juge, qui peut décider des suites d’une affaire. Nous nous réjouissons que, les juges de la Cour suprême gambienne, sauf cas de force majeur, se réunissent le 10 janvier 2017, pour statuer sur son recours. Toutefois, lors du sommet d’Abuja (Nigéria) du 17 décembre 2016, sur la situation gambienne, la CEDEAO a décidé que la transition aura lieu le 19 janvier 2017. En faisant fi du recours déposé, par Yaya Jammeh pour contester devant la juridiction compétente (la Cour suprême), les élections présidentielles qui ont eu lieu. De notre point vue, quoiqu’il ait pu faire dans le passé, décider qu’Adama Barrow sera installé, vaille que vaille, à cette date (le 19 janvier 2017), alors que la Cour suprême gambienne n’aurait pas rendu sa décision, sur son recours, pose incontestablement un problème de légalité.

Mais encore, pareille décision ou, position n’est pas du rôle ou, de la mission de cette institution qui est de médiation, d’autant que, qui veut rassembler, négocier, arranger, ou rapprocher des positions éloignées, ne peut exclure, ni trancher de manière très partisane. C’est dire encore, la vocation de la CEDEAO est pacifique ou pacifiste (selon le cas), donc les déclarations martiales faites en son nom, sont non seulement contre productives, mais encore ne s’inscrivent pas, dans l’esprit qui a sous-tendu ou soutenu sa création.

De plus, une telle attitude est en totale contradiction, avec le règlement pacifique prôné par le Traité constitutif de la CEDEAO du 28 mai 1975. Et, au contenu du traité révisé à Cotonou (Bénin), le 24 juillet 1993. Tout comme, au Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité de 1999. Aussi, elle est en opposition d’une part, avec la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples du 18 juin 1981 (art. 3 et 7), et d’autre part, avec la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 (art. 7, 8 10, et 11), qui prescrivent que, la cause de la personne doit être entendue par une juridiction. C’est pourquoi, pour nous, la CEDEAO se trompe lourdement de moyen, pour parvenir à ses fins. Puisque, en voulant résoudre le conflit gambien, elle allait créer ou, risquait de créer un précédent dangereux d’instabilité juridique.

Mais comme soulevé plus haut, heureusement que la Cour suprême gambienne se réunit le 10 janvier prochain, pour statuer sur le recours du président Jammeh. En ne reconnaissant pas implicitement la juridiction saisie, et en rejetant le recours introduit, une telle décision de la CEDEAO, nous paraissait fondamentalement contraire au droit, de la Gambie et, au droit international. La Gambie est un Etat souverain, le doute ou, une autre raison ne peut être un argument, pour ne pas/plus reconnaitre ses juridictions ou, pour les mettre, sous une quelconque tutelle supra-étatique.

Nous sommes foncièrement en opposition avec Yaya Jammeh, cependant, cela ne nous empêche nullement de lui reconnaitre des droits. Et le plus élémentaire en cette période de crise postélectorale, est son recours, en contestation des élections, qui doit être étudié et tranché par la Cour suprême gambienne. Même, en étant dans une démarche de mauvais perdant, nul ne peut lui interdire, de vouloir de nouvelles élections. Et, dès lors que, nous sommes dans le cadre des lois qui régissent des élections au sens large, dans nul pays au monde, contester des élections, est un acte illégal, même si cela est fait de façon dilatoire, ou pour faire diversion ou, pour gagner du temps.

Le raidissement de Yaya Jammeh, à vouloir mourir au pouvoir (pour nous, il fait du bluff, comme il n’est pas suicidaire), découle des déclarations, lui déniant son droit. Devons-nous abdiquer devant les caprices de Yaya Jammeh, ou encore, devons-nous donner satisfaction à toutes ses doléances, tel n’est pas notre avis. Toutefois, nous ne pouvons aussi tomber dans son piège, et lui donner la possibilité de tomber « en transe d’amok ».

La résolution de la crise gambienne passe par la médiation. La force, comme moyen de contrainte violente, doit seulement être une arme dissuasive, au service du droit, dont on ne fait usage qu’en cas de nécessité absolue. Elle doit être l’ultime recours, dès lors que toutes les tentatives de résolutions amiables, et/ou diplomatiques ont échoué. Les déclarations belliqueuses, ou martiales, de quelque coté, ne permettent pas une résolution pacifique du problème, et ne servent pas la paix en Gambie.  Et, comme nous avons eu à l’écrire, aucune démarche ne nous parait plus amorale, plus mesquine, ou plus vile, que de faire ou, de vouloir faire la révolution ou, la guerre avec le sang des autres.

Au risque de nous tromper, l’option militaire n’est en rien une solution, étant donné qu’elle n’a jamais résolue, le moindre différent politique, dans nul Etat au monde, surtout dans la période contemporaine. Les exemples de la Libye, de l’Irak ou, de la Syrie confirment notre assertion. La contestation d’élections n’est pas nouvelle dans les pays du monde, cela se passe dans les plus grandes démocraties. Les dernières élections américaines confirment cela.

Daouda NDIAYE

Juriste/Analyste politique

Article dédié à Ndèye Amy SALL

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