IMG_5387Une situation explosive prévaut à Kantène, une bourgade, située à moins d’un kilomètre au sud de Ziguinchor. Et pour cause,  un collectif de planteurs d’arbres fruitiers au niveau de cette bourgade s’est mobilisé ce dimanche pour s’opposer à un projet de construction de cités qui vont prendre une bonne partie de leurs champs. Ces populations, constituées de centaines de familles se disent prêtes à y laisser leur vie s’il faut mais il est hors de question de perdre leurs plantations qui s’étendent sur près de 100 hectares. Selon leur président Mamadou Niassy, lui et ses amis sont victimes depuis 2011 d’agressions des villages environnants qui viennent régulièrement détruire leurs champs car estimant être propriétaires des sites qu’ils occupent, alors que c’est eux qui ont viabilisé ces espaces il y a plus de trente ans.

Ces planteurs, munis de coupe-coupe, de pelles et autres armes blanches et prêts à en découdre, ont sonné l’alerte dans un ton on ne peut plus violent. Donc toute personne qui tenterait de s’approcher de leurs plantations avec le dessein d’y détruire quelque chose risque gros.

IMG_5386‘’Depuis 2011, nous sommes victimes d’agressions, les habitants des villages environnants qui se sont ligués contre nous ont détruit nos vergers indiquant que ceux-ci sont implantés sur des terres de leurs ancêtres. Nous avons formulé des plaintes au niveau de la justice et saisi toutes les autorités compétentes mais jusque-là, il n’y a pas de réaction. Ils ont récidivé en 2012 en abattant nos orangers, manguiers, mandariniers et anacardiers. Et là aussi, nous avons saisi la justice, mais il n’y a eu aucune réaction’’, tempête t-il.

Cette logique de les exproprier s’est poursuivie avec la vente d’une parcelle de 25 hectares à la Société des Eaux du Sénégal (SDE), fulmine t-il, notant que ne pouvant pas accepter cela, lui et ses camarades d’infortune ont détruit toutes les bornes de cette parcelle à l’aide de leurs coupe-coupe, pelles et autres pioches. Ce qui lui avait valu une plainte à la gendarmerie de Ziguinchor, mais celle-ci n’a pas eu de suite, renseigne t-il.

 IMG_5377IMG_5370Après ce feuilleton, tout laissait croire que leurs soucis étaient terminés, mais que nenni, note t-il. Au contraire, la situation s’est davantage dégradée depuis 2014 avec l’arrivée d’un projet de construction de cités, prévu dans leurs plantations, raconte t-il, révélant avec preuves à l’appui de la destructions de plusieurs plantations par un bulldozer qui a été fait venir par le chef du village de Bourofaye Diola en début de semaine. Cet incident a mis le collectif de ces planteurs dans une colère noire qui risque de faire embraser toute la zone. En fait, ces derniers se disent prêts à en découdre avec ce chef de village et tout autre groupe de personnes qui mettrait pied dans leurs champs aux fins de prendre leurs terres. Mieux, ils menacent d’incendier le bulldozer en question si jamais il revient dans leurs plantations et de régler le compte du chef de village incriminé.

‘’C’est une question de vie ou de mort, nous sommes prêts à y laisser nos vies mais il n’est pas question de quitter ici’’, scandent-ils.

Mamadou Niassy rappelle que c’est en 1982 que le gouverneur de la Casamance de l’époque, en l’occurrence Moussa Ndoyé, avait demandé à ce que les populations détruisent la forêt qui ceinturait Ziguinchor pour s’y installer et ainsi sécuriser la ville face à la menace des combattants du Mfdc qui venaient de lancer la rébellion casamançaise.

‘’Nous nous sommes implantés ici depuis 1982 suite à un communiqué du gouverneur Moussa Ndoye qui avait demandé aux populations qui voulaient travailler la terre de défricher la forêt qui a absorbé Ziguinchor pour sécuriser la population. Donc c’est ce gouverneur qui nous avait autorisés à nous y installer. A l’époque, c’était une forêt totale qui s’étendait jusqu’à la frontière bissau-guinéenne. Pendant le défrichement, nous avons même perdu quatre personnes ici, tuées par des explosions de mines », relève t-il, demandant l’intervention du président Macky Sall pour arbitrage pour éviter un bain de sang.

IMG_5379Ce lundi est le jour de tous les dangers, en fait selon des informations qui circulent, le bulldozer reprendra sa destruction de vergers ce matin dans cette localité. Et les planteurs qui ont eu vent de ça ont décidé de mettre en place des brigades de surveillance dans toute la zone avec comme mission d’incendier cet engin et de prendre à partie son ou ses occupants tout comme le chef de village de Bourofaye Diola, devenu leur ennemi juré.

Mamadou Alpha Diallo (Diasporas.fr)

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