dieu

« Un livre a toujours deux auteurs celui qui l’écrit et celui qui le lit. » Jacques Salomé

La dernière fois que j’ai lu  le même  ouvrage deux fois remonte à très longtemps : c’est L’aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane et  Nation négre et culture de Cheikh Anta Diop.

La lecture du premier ouvrage m’a profondément marqué pour plusieurs raisons : le choc des cultures (Afrique/Occident), l’influence du travail sur la religion…  J’ai pris du plaisir à le relire car ça permet d’appréhender la vie différemment. Pour le second livre, la relecture n’a pas été faite par simple plaisir, en fait je ne comprenais rien  de ce que raconte Cheikh Anta. J’étais jeune  lycéen. Le niveau était peut-être un peu élevé pour moi de saisir tous ces termes techniques de l’Egyptologie, de la linguistique et autre physique…

On dit souvent « jamais deux, sans trois ». Même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce dicton, je le concède cette fois, après avoir lu et relu Un Dieu et des mœurs d’Elgas. (Carnet de voyage au Sénégal). Ce récit de 335 pages de souvenirs et de découvertes que je trouve long pour une première publication mais très fascinant. Pour plusieurs raisons : de part son style courageux qui a quitté les sentiers battus, des dogmes de la littérature sénégalaise, africaine. Cet anticonformisme est salutaire. Elgas a posé un vrai débat sur la société sénégalaise face à ses propres contradictions. Comment retrouver le goût de l’interrogation, de la critique constructive ? Avec des thématiques telles que la culture, la religion, la question des femmes, la situation des enfants talibés….

Un Dieu et des mœurs est un livre particulier pour moi car je connais bien l‘auteur Elgas sans prétention aucune. Je retrouve l’homme dans son récit. J’ai travaillé avec lui, pour un journal en ligne au Sénégal (ajonews.info), je lis ses articles depuis longtemps, nous avons beaucoup débattu sur la situation de notre région Ziguinchor, de notre pays, de notre continent… Même si je ne partage pas forcément ses idées je reconnais les qualités de l’homme.

L’autre spécificité de l’œuvre c‘est que je m’y retrouve. Je viens de la même région qu’Elgas, je connais bien ces rues décrites, ces réalités vécues comme la guerre en Casamance, cette maison familiale, je connaissais très bien ce papa dont il parle avec émotion, dont la correspondance épistolaire est touchante. Un Dieu et des mœurs n’est pas qu’émotion et  colère, c’est aussi une pensée bien structurée, une cohérence, un sens de la nuance dans un style cru sans tabou, ce qui est rare. A cela s’ajoute évidemment l’humour dont les portraits des rats et de l’huile en sont une parfaite illustration. On ne s’ennuie pas en parcourant les lignes d’Un Dieu et des mœurs.

Certains amis à qui j’ai recommandé le livre m’ont parlé de la dureté de l’auteur. C’est sans doute cette fermeté qui fait la richesse de cet ouvrage car Elgas a dit des choses que j’ai pensées comme l’immense majorité de l’intelligentsia sénégalaise, mais nous n’avons  pas eu le courage intellectuel de le dire encore au nom de la tradition, de l’interdit. Certainement pour ne pas heurter de fibres sensibles classées au sommet de la hiérarchie que sont la religion et la tradition. Elgas a osé poser un débat sénégalo-sénégalais. Je pense que nous devons sortir de nos ghettos intellectuels et nos terrorismes culturels pour faire un débat serein et ingénieux sur notre propre société. C’est tout l’intérêt de cet ouvrage d’Elgas que je vous invite à découvrir.

Bravo camarade et bonne continuation.

  1. Elgas, Un  Dieu et des mœurs, Carnets d’un voyage au Sénégal, 336 pages. Présence Africaine. Editions 2015.

Bassirou   SAKHO

Ajouter un commentaire